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Le tour du monde en 80 ... polars

Bibliographies , chroniques de lecture : des scènes de crime sur les cinq continents.

Rouge est la nuit ( auteur Tetsuya Honda )

J'ai longtemps hésité avant de me lancer dans la lecture de la littérature policière japonaise. Pas facile de se projeter dans ce pays dont la réputation insiste surtout sur ses différences  fondamentales avec la "vieille Europe".  Il aura fallu un numéro de la revue 813 sur la traduction et la contribution de Dominique et Frank Sylvain traducteurs à quatre mains de romans japonais pour ouvrir mon premier polar au pays du Soleil-Levant.

Rouge est la nuit ( auteur Tetsuya  Honda )

Rouge est la nuit : publié au Japon en 2006. Traduit en français par Dominique et Frank Sylvain, parution 2019, maison d'édition Atelier Akatombo.

J'ai souhaité découvrir le roman policier japonais avec un groupe d'enquêteurs de la Police métropolitaine de Tokyo. Je n'ai pas été déçu, la forme est classique, mes habitudes de lecture n'ont pas été déstabilisées. Les chapitres s'enchaînent chronologiquement et logiquement. Un cadavre est découvert le 12 août, la police est sur place à 14h37, le lieu est précisément situé, c'est important dans une procédure policière. Il est atrocement mutilé, emballé dans une bâche bleue et abandonné dans un parc. L'enquête commence : Identité Judiciaire, autopsie par un légiste, enquête de voisinage, recherche auprès des proches de la victime et dans son passé, les indics. Une démarche policière très habituelle, sans doute le parti pris des traducteurs dans leur travail de "réécriture du roman après une traduction brute". J'ai immédiatement été passionné par le récit. La liste des principaux personnages figure dans les premières pages, elle est indispensable pour retenir les noms propres japonais. 

Ma curiosité n'a pas été déçue, la culture japonaise n'est pas gommée et chaque page offre une découverte surprenante voire déroutante ou la confirmation d'une idée imaginée à l'avance. La hiérarchie dans la police est très prégnante et elle impose aux subalternes de s'incliner devant leur chef. L'organisation des recherches est quasi militaire mais les déplacements dans Tokyo, mégalopole tentaculaire, se font en train ou en bus, même pour se rendre sur une scène de crime. Chaque enquêteur a un travail à effectuer et doit s'y tenir, une erreur compte plus qu'un succès. Mais la brillante lieutenante Reiko Himekawa, cheffe de groupe, n'a pas la tâche facile. Elle est une femme et doit affronter un machisme exacerbé. Le comportement de Kensaku Katsumata, autre chef de de groupe, est odieux. Hiromitsu Ioka passe son temps à draguer Reiko qui est attirée par Kazuo Kikuta mais elle n'envisage pas de faire le premier pas. Dans le police, c'est travail 7 jours sur 7 jusqu'à ce que le chef octroie une journée de repos. les nuits passées au commissariat ne sont fréquentes.

Les portraits des personnages sont approfondis et cela enrichit la découverte de la société japonaise. Reiko est célibataire, presque trentenaire elle vit chez ses parents, c'est une tradition pesante et elle profite de ses enquêtes pour loger à l'hôtel pour ne pas avoir à affronter ses parents. Sa jeunesse est une période mystérieuse et sans doute tragique de sa vie. C'est une bonne flic, perspicace, dont les intuitions dirigent l'enquête hors des impasses. D'autres personnages enrichissent le panel, il y a Ôtsuka opiniâtre et soumis, Kunioku le vieux sage auquel Reiko se réfère, Katsumata ambitieux, prêt à soudoyer pour arriver à ses fins.

Cette première enquête de Reiko Himekawa ne se passe pas dans le monde du grand banditisme ( les yakusas sont à peine évoqués ) mais c'est l'occasion d'explorer le monde du travail qui ne manque pas d'hyperactifs pouvant susciter la jalousie et d'assister à des scènes invraisemblables de la vie conjugale. Le roman parle aussi de la peine de mort qui peut être prononcée dés 18 ans, du darknet et d'une jeunesse à la recherche de sensations hors du commun et pas seulement dans les quartiers chauds de Tokyo. C'est instructif et sans concession, la lecture est agréable, le final apporte son lot de suspense et de surprises.

Tetsuya Honda est né à Tokyo en 1969. C'est un auteur à succès traduit dans de nombreux pays. Les deux premiers titres de la série des enquêtes de Reiko Himekawa ont été traduits en français ( Maison d'édition Atelier akatombo ) :

- Rouge et la nuit  ( Japon 2006 - France 2019 )

- Cruel est le ciel  ( 2007 - 2020 )

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